“L’industrie des médias est plus intéressée par la création de réglementations contraignantes que dans le développement de moyens innovants pour que les consommateurs puissent accéder aux contenus”. Les projets de loi comme la SOPA ne visent pas vraiment à enrayer le piratage, mais à limiter l’accès aux flux d’informations étrangers des Américains, estime-t-elle. Comme le rappelle Laurence Lessig dans Republic, Lost : How Money Corrupts Congress–and a Plan to Stop It, il y a plus de lois pour réprimer le piratage des médias qu’il n’y en a à réduire la pollution.
Début mars, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton déclarait devant des membres du Sénat que les Etats-Unis étaient en train de “perdre la guerre de l’information“. Mis directement en cause, les grands networks US “qui diffusent des millions de publicités et des débats entre “talking heads”, contrairement à la chaîne qatarie Al-Jazeera, qui, toujours selon Hillary Clinton, délivre, elle, “des vrais news” et est en train de “changer les esprits et les attitudes des gens“.
“The 2011 template represents the most significant change in the Gawker model since the launch of Gizmodo and Gawker in 2002.One could go further: it represents an evolution of the very blog form that has transformed online media over the last eight years. The internet, television and magazines are merging; and the optimal strategy will assemble the best from each medium.”
Si vous pensiez qu’internet était le fossoyeur du journalisme, vous vous trompez. C’est la compétition et la libre entreprise qui ont détruit notre profession.
C’est en tout cas l’interprétation que je fais du discours de Paul Steiger la semaine dernière à l’université de Géorgie. Pour lui, la plupart des articles publiés sur le web aujourd’hui n’ont qu’un seul objectif, générer des pages views et nourrir le modèle CPM des médias financés par la publicité.
De son temps, les choses n’étaient …. pas franchement différentes.
Quand je n’étais qu’un jeune journaliste au LA Times dans les années 60, le vieux routards photographes et reporters m’abreuvaient de leurs histoires de planque dans des voitures moteurs allumés et radios branchées sur les fréquences de la police à guetter les bagarres entre gangs et les épouses poignardées. Plus y il avait de sang mieux le business se portait.
On ne parlait pas d’un ou deux journaux en compétition, mais de six ou sept. Et plus la photo qui serait en Une le lendemain dégoulinerait, plus le bénéfice par exemplaire vendu augmenterait. “The bloodier, The better.”
Il y avait aussi des histoires sérieuses dans les journaux. La Corée, la Guerre Froide, le vaccin contre la polio. Mais la plupart de ces sujets étaient déjà accessibles au plus grand nombre et leur couverture laissée aux bons soins des agences de presse. Le nerf de la guerre, c’était les histoires sur lesquelles nous étions les premiers à réagir … tout comme aujourd’hui.
Depuis, certains médias ont réussi à évincer la concurrence et à instaurer leur monopole sur le marché. Pour Paul Steiger, pendant plusieurs décennies leur monopole a aussi été synonyne de productions de qualité et même d’une certaine éthique. Les marges de profit gargantuesques ont permis de financer de coûteuses investigations, celles qui constituent “le socle de nos démocraties”. Du lourd, dans des médias monopolistiques et bénéficiaires.
Aujourd’hui, alors que tout le monde peut publier n’importe quoi sur internet, les monopoles déclinent, voire disparaissent. Tout comme les bénéficies et les marges de profit. Et on en revient aux bonnes vieilles méthodes: la viande fraîche ( les sexy babes des agrégateurs) et les hectolitres d’hémoglobine, ici ou à l’étranger.
En fait, peut-être que les monopoles ont enrichi la société autant que les propriétaires des journaux de l’époque. Peut-être que les communications étaient meilleures du temps de grand-mère Bell. Peut-être que les infos à la TV étaient plus responsables lorsqu’il n’y avait que 3 networks. Peut-être que ce qui était bon pour Général Motors était vraiment bon pour l’Amérique. Et peut-être aussi que la Standard Oil se préoccupait vraiment des intérêts des Américains. Mais ce qui est sûr et certain, c’est qu’aujourd’hui nous ne reviendrons pas en arrière.
Et là où je pense que Steiger a particulièrement raison, c’est à propos du besoin de transparence au sein-même des médias, depuis la source de l’information (partager les documents et les données) jusque dans le processus de fabrication et de diffusion de l’information, ainsi que dans ses aspects commerciaux.
Pour Steiger, la seule alternative au problème du financement du journalisme débarassé des monopoles s’appelle le non-profit.
C’est pourquoi il s’est tellement investi dans le lancement de ProPublica.org, dont il est d’ailleurs éditeurr en chef. Un média qui se place hors de portée de la melée de la libre entreprise et de la compétition, non profit et non partisan. Un nouveau modèle, sans doute pas destiné à dominer le marché, mais qui ne l’empêche certainement pas de faire de l’excellent boulot.
NDLR: ProPublica a remporté cette année un Prix Pulitzer pour un reportage sur les hôpitaux de la Nouvelle-Orléans au moment du passage de Katrina.
The idea comes from thinking about the future of journalism and the fact that everyone now is creating so much content. We’re flooded with Tweets, YouTube videos, Flickr photos and everything else. Everyone can be a “reporter” when an event happens. But not everyone is a “journalist” — making sense of an issue and giving the context. So we built a system to help people do this, take the best of social media and make it into a story — to “storify” it. The word itself is actually in the dictionary, and also comes from my AP days when editors would send messages to bureaus asking them to “storify” something.