Mimoun a 20 ans et veut 4 femmes. Pourquoi pas ?
Les voyages en train provoquent décidément de belles rencontres. Et mon Thalys chéri (je peux l’appeller comme ça maintenant, on se fréquente quand même depuis 4 mois déjà) m’en a encore réservé une hier soir.
Montés in extremis dans le wagon-bar où, par hasard, je me trouvais. Mimoun et son frangin retournent à Charleroi après quelques jours passés dans la famille du coté de Perpignan. Avec eux, leur maman, belge “de souche” et un peu fatiguée par les heures de voyage accumulées dans la journée.
Assis deux rangées plus loin que moi, un grand gaillard d’une cinquantaine d’année, le crâne buriné, écoute lui aussi d’une oreille la conversation des deux frères. Au bout de 20 minutes de spéculation sur le nombre de femmes idéales à avoir au sein du foyer musulman parfait – Mimoun en veut moins 4 -, il ne peut s’empêcher d’intervenir. Gentiment, avec tout le respect qu’il sait devoir utiliser pour s’adresser à un jeune de 20 ans.
Lui aussi vient du bled. Enfin, son père venait du bled, là-bas en Algérie. Et lui aussi descend à Charleroi, où il élève des chevaux après avoir travaillé dans l’industrie lourde.
Il a fait son service militaire, en Algérie. Il est kabyle “et ça s’entend”, dixit Mimoun, dont les certitudes, les convictions et surtout la perception du “vivre ensemble” en Europe au 21èmeSiècle, me troublent moi aussi.
Et me pousse à me lancer à l’eau et à partager avec eux ma perception de la réalité. Moi qui n’ai qu’une seule femme, la même depuis bientôt 15 ans, et encore tellement d’incertitudes sur ce que sont le Bonheur sur Terre et un éventuel Paradis.
Pendant plus de 2 heures, nous avons donc échangé nos points de vue sur un nombre incroyablement divers de sujets liés de près ou de loin (plus souvent de très très près) à la religion, à la culture musulmane, au rapport des individus entre eux lorsqu’ils ne partagent pas les mêmes convictions mais qui vivent de facto ensemble, dans la même famille, le même quartier, le même pays.
Dix minutes avant d’entrer en gare de Charleroi, je prends l’excuse de vouloir noter les références d’un bouquin évoqué dans la discussion pour sortir mon téléphone.
Et, avec leur accord, je lance ce rec qui me titillait l’index depuis un bon moment.
Merci à vous quatre pour ces moments-là, et j’espère sincèrement que nous aurons l’occasion de nous revoir.





