Je n’aurais jamais imaginé, il y a 5 ans, lorsque j’ai commencé à participer à des jurys de mémoire en journalisme, qu’un jour je me retrouverais à organiser des sessions de cours dans le garage de l’ancienne gendarmerie de mon village, à Eghezée. (more…)
J’étais invité ce vendredi par la chambre du commerce de la Tamise à participer à une journée de réflexion autour des nouvelles technologies et de leurs usages,notamment sur le plan politique (cfr ma prez ci-dessous). (more…)
Il n’y a pas si longtemps que ça, un noob du Néanderthal s’est brulé les doigts à la flamme qu’il venait de faire jaillir de son silex. A-t-il pour autant fait une croix sur la cote à l’os de Mamouth et sur la gazelle grillée au barbecue ? Que nenni ! Il a juste appris à ne pas se taper sur les doigts deux fois de la même manière et à éviter de se servir du feu au dessus de sa carpette en poil de phacochère retourné. (more…)
(NB: toutes mes excuses pour la qualité sonore inégale de cet entretien, enregistré, monté et encodé sur ma machine perso, qui malgré certaines qualités, n’est manifestement pas assez véloce :-/ )
Alice Antheaume, de l’école de journalisme de Sciences Po, propose sur Slate un très bon billet sur les différentes “écoles” qui existent à propos des nécessaires guidelines à avoir en tête lorsque l’on est journaliste et que l’on exerce son activité en ligne. D’une manière générale, la prudence est de mise, et cela se comprend vu les retombées négatives qu’un tweet mal torché ou un statu balancé à la hâte peuvent provoquer pour un média et sa marque. Or, si cette crainte est tout à fait justifiée d’un point de vue corporate, il serait dommage de ne pas tenir compte d’un autre facteur tout aussi important, non pas pour assurer un service minimum, mais bien pour permettre l’éclosion des talents: la confiance et le lâcher prise.
A travers les activités de formation et de coaching éditorial que je mène actuellement pour le compte de OWNI/22Mars, je constate que cette dimension est bien souvent sous-estimée et que les responsables en charge des ressources humaine se privent bien souvent de ce “12ème homme”, diront-on en football. Il est en effet impossible, à mon sens, d’exploiter pleinement le potentiel des réseaux si les médias n’acceptent pas de perdre un minimum le contrôle de ce que leurs “gens” peuvent publier en ligne.
Que l’on me comprenne bien, je ne suis nullement en train de dire qu’il faut abattre la bride et fonctionner en roue libre sans savoir qui fait quoi. Loin de là. Je dis juste que la créativité, l’originalité et la personnalité de chaque individu doit être valorisée comme les meilleurs atouts d’une société qui prétend avoir une activité en ligne cohérente. Si vous bridez sciemment vos ressources dans un canevas législatif interne trop contraignant, vous n’avez aucune chance de voir apparaître de nouveaux comportements. Or, car c’est bien de cela dont il s’agit, les entreprises ont un besoin vital de renouveler non seulement leurs processus d’innovations mais aussi leur dynamique interne de partage de savoirs. Et le web, de par sa nature intrinsèque, permet aux individus d’éclore et à leur talent de se distribuer au gré du réseau qu’ils se contruisent patiemment au fil des jours.
L’intérêt de Twitter ou Facebook est aussi de rapprocher les journalistes des lecteurs. De nous montrer tels que nous sommes, libérés d’une part de fantasme, un peu plus transparents, un peu plus ouverts aux suggestions de ceux qui nous lisent
C’est dans cet état d’esprit que j’avais rédigé en 2008 les guidelines pour encadrer la pratique des réseaux sociaux au sein de la RTBF. Je pense que ces quelques conseils sont toujours d’actualité, même si, à nouveau, certains estimeront important d’y ajouter quelques closes spécifiques propres à leur société, étant acquis que chaque marque présente en ligne est désormais engagée dans une stratégie média incluant toutes ses forces vives.
Je vous les remets ici, libre à vous de les mettre à votre sauce.
En tant que responsable/administrateur d’une page/compte officiel de votre média sur les réseaux sociaux, les internautes attendent de vous:
- que vous incarniez l’émission, la chaîne, le portail dont vous êtes l’administrateur. N’oubliez jamais que vous parlez au nom de votre média, pas en votre nom propre.
- que vous leur donniez à voir autre chose que des copiés-collés de vos communiqués de presse traditionnels
Soyez différents, faites preuve d’humour et d’originalité.
- que vous soyez précis dans votre communication. Ne tournez pas autour du pot, vous n’en avez ni l’espace ni le temps.
- que vous leur fournissiez des liens pour qu’ils puissent vérifier par eux-mêmes ce que vous leur raconter.
S’ils sont devenus « fans » c’est qu’ils vous font confiance, à priori. A vous de faire en sorte que cela continue.
- que vous répondiez à leurs questions. Dans la journée, pas trois jours après.
Si vous voulez qu’ils vous écoutent, commencez par écouter ce qu’ils ont à vous dire.
- que vous appréciez à leur juste valeur leurs critiques. Et leurs félicitations.
A titre personnel, gardez toujours à l’esprit :
- que même avant 9h et même après 17H, vous faites toujours partie de votre société.
Critiquer ouvertement des décisions de votre hierarchie sur les réseaux sociaux, où révéler des « secrets de fabrication » n’est pas bon pour votre carrière. Du tout.
- que les réseaux sociaux servent à partager, pas à broadcaster. Faire uniquement du rabattage vers vos articles/reportages, c’est rouler en Ferrari avec un moteur de 2CV.
- que vous êtes un être humain. Quand vous participez aux discussions, vous n’êtes pas un observateur neutre mais un acteur de celles-ci.
Avancez donc à visage découvert et assumez votre subjectivité. Sauf si vous voulez parler tout seul ou vous cacher derrière un pseudonyme.
Dans les deux cas, vous n’êtes pas droit dans vos bottes.
- que dire « Je me suis trompé, désolé. Comment puis-je faire autrement ? » n’est pas une preuve de faiblesse. Au contraire.
- que sur les médias sociaux, rien n’est jamais vraiment privé et qu’une fois un message publié, il n’y a pas moyen de contrôler ce que les internautes vont en faire.
- que si vous dénichez une info grâce aux membres d’un réseau social et que vous en faites un article/sujet/reportage, le souligner à l’antenne et faire un lien vers ceux qui vous ont aidé sera grandement apprécié par ceux-ci.
Vous soignerez ainsi votre « karma » et leur donnerez des raisons de continuer à vous faire confiance. Tout ce que vous partagerez avec eux vous le sera rendu en triple. Demain ou la semaine prochaine.
- que si vous vous appropriez une info trouvée sur un réseau social, que vous propagez une rumeur sur quelqu’un ou que vous tirez des conclusions hâtives sur les intentions d’un internaute, sa communauté se retournera contre vous.
Certaines d’entre elles ont les moyens de vous pourrir la vie, longtemps et de manière parfois illégale. Regardez où vous mettez les pieds.
- que vos « amis virtuels » peuvent, par ricochet, vous attirer des ennuis. Comme dans la « vraie vie », votre réputation pourrait souffrir d’amitiés choisies à la légère.
- que accepter comme « ami » une source à qui vous avez promis la confidentialité équivaut à « outer » cette source. Même si elle utilise un pseudonyme.
- que les réseaux sociaux sont une caisse de résonance dont on peut être à l’écoute en permanence. Mais votre job, celui qui paie vos factures, ne doit pas en pâtir.
Le camarade Erwann Gaucher m’a invité à contribuer à la discussion sur son blog à propos des récentes initiatives de Facebook et de Twitter vis-à-vis des médias, en général, et des journalistes en particulier.
Voici les réponses, en audio, à ses questions sur base desquelles il a rédigé son papier.
Mais choisir, c’est aussi prendre sa petite vie entre ses petites mains, mettre sa petite bite sous son bras, son petit couteau entre les dents et monter au front.
A titre perso, je n’ai jamais vraiment compris comment un chef militaire arrivait à convaincre ses hommes de se placer en première ligne, face aux sulfateuses et en ordre de bataille. Plus con que ça, tu meurs. Et effectivement, c’est ce qui arrivait d’ailleurs la plupart du temps.
Et bien, disons qu’au moment où je vous parle, je suis là avec mes bytes et mon e-couteau, gueulant à plein poumons en sortant de la tranchée.
Face aux sulfateuses, donc.
Il y a deux mois, j’ai donc quitté le job de mes rêves pour aider un entrepreneur à réaliser les siens. Depuis 1 an, nous sommes une quarantaine à l’avoir rejoint. Des bonhommes et des gonzesses avec des coeurs gros comme ça. Au moins aussi gros que tous leurs egos réunis. Des jeunes freluquets au potentiel immense, des pas encore vieux dans leur tête mais plus aussi naïfs qu’à 25 ans, des passionnés de belles choses, des acharnés du bon, du long et du manuscrit, le tout augmenté.
Une bande de geeks qui essayent de rester libres de leurs modes et de leurs expressions. De venir, de partir, d’ouvrir leur gueule quand ils ne sont pas contents. Libre de se faire des hugs à 10H10 ou à 20h20, juste parce que ça fait du bien. Libre d’appuyer là où ça fait mal, de chercher, de creuser, d’innover dans leurs formats narratifs, de faire du LoL, de prendre le temps, de ne pas se sentir obligé de couvrir “parce que tout le monde le fait”, de couvrir parce que personne d’autre ne le fait …
Libre de produire de l’information au service d’un public aux multiples intérêts, et de ne pas servir un produit dans l’intérêt d’une communauté d’intérêts strictement financiers. Libre de ne pas se soucier du nombre de pages vues, de clics, de likes, de retweets que font leurs “objets d’hacktualités”". Libre de choisir, et donc de renoncer, en âme et conscience.
Le journalisme ne changera pas les hommes, mais tous les jours les journalistes participent à la modification du système dans lequel ils évoluent. Qu’ils le veuillent ou non, consciemment ou pas.
Un journaliste qui observe et décrit un phénomène influe sur sa course.
C’est un pouvoir qui lui est confié. Une autorité et une confiance qui s’acquièrent lentement et qui peuvent s’évaporer en un clin d’oeil.
Ce pouvoir, certains en font une fin en soi et sont prêts à toutes les compromissions pour ne pas en être privés. Le pouvoir comme une arme de non changement, ou de changement, mais à leur bénéfice exclusif.
La posture des journalistes qui font délibérément (#oupas) ce choix ressemble à celle d’un arbitre de chaise qui prétend juste compter les points alors qu’en fait, c’est lui qui décide quand et comment les joueurs peuvent frapper sur la balle (“C’est mon micro, je le tends à qui je veux”)
D’autres acceptent d’être investis de ce pouvoir et tentent de ne pas en abuser. Ils sont capables de faire des compromis avec leur propre conscience pour pouvoir continuer à se regarder dans le miroir le matin. Pour pouvoir continuer à observer le plus longtemps possible, en restant droit dans leurs bottes et honnêtes dans leurs intentions, les phénomènes qui agitent nos sociétés. Et à en rendre compte au plus grand nombre.
Assumer, de manière transparente, le point de vue duquel on se place quand on prétend informer des êtres humains, c’est juste faire preuve de la plus élémentaire des politesses envers eux.
Refuser d’assumer qu’un travail journalistique puisse, par effets de bords, mener à des changements systémiques et structurels, est une imposture intellectuelle.
On ne revendique pas impunément le droit d’user de sa liberté de parole pour, lorsque le gardien de Loi vous y invite avec d’autres, refuser de venir s’exprimer sous prétexte que, peut-être, en agissant de la sorte, on risque de provoquer des modifications dans le code qui régit notre vie en société. Mais le débat est ouvert, il ne s’agit après tout ici que de ma vision personnelle des choses ;-)
On ne se compromet pas en acceptant d’être écouté, pas plus que l’on ne se place en caution du résultat d’une large consultation. Il est des invitations qui ne se déclinent pas, quitte à partir plus tôt si la conversation devait tourner en rond.
Ma liberté, c’est d’avoir choisi de participer au laborieux financement d’une activité journalistique digne de ce nom, et de renoncer au confort de n’être qu’un spectateur faussement objectif du monde dans lequel je vis.
Alea Jacta Est, Advienne que pourra, Inch Allah, Youpie.
Nico, la rédac, les devs, le pôle data, les formateurs, les graphistes, Fred, Philippe, Régis, Franz, Adriano … je vous envoie une tonne de bètches.
Billet rédigé pour le prochain bulletin mensuel de l’AJP (Association des Journalistes Professionnels de Belgique)
Quel point commun y-a-t-il entre un journaliste qui, après avoir fait son boulot d’investigation, rend public les dysfonctionnements d’un système (démocratique, juridique, religieux, etc.) et un hacker qui, après avoir lui aussi investigué, met en ligne la description d’une faille d’un système informatique ?