Facebook, Twitter, Google: les "roto-plateformes" du 21ème Siècle.





Il n’y a pas si longtemps que ça, un noob du Néanderthal s’est brulé les doigts à la flamme qu’il venait de faire jaillir de son silex. A-t-il pour autant fait une croix sur la cote à l’os de Mamouth et sur la gazelle grillée au barbecue ? Que nenni ! Il a juste appris à ne pas se taper sur les doigts deux fois de la même manière et à éviter de se servir du feu au dessus de sa carpette en poil de phacochère retourné.

Ca lui a pris un certain temps pour dompter l’outil, mais à force d’essais et d’erreurs, il a même réussi à envoyer ses potes sur la Lune. C’est dire le chemin parcouru en à peine quelques millions d’années, une broutille spatio-temporelle à l’échelle de notre univers.

Depuis que Gutemberg s’est fait littéralement hacké sa rotative en silex, ça fait des étincelles de partout. Les noobs du Néanderthal 2.0 se mettent à poil sur Facebook, tirent leurs avatars par les cheveux pour aller niquer dans Second Life et stalkent sur MSN des Janes drapées en peau d’Hello Kitty. C’est le début d’un truc nouveau, donc forcément ça merde de temps en temps. Mais au moins, on apprend.

Et les journalistes là-dedans ? J’y viens.

Les journalistes subissent subrepticement cette attraction gravitationelle exercée sur eux par les poètes du code, les développeurs, les forgerons, les tailleurs de pierre, si vous voulez. Ceux qui construisent la vie numérique avec des 0 et des 1 ciselés au chalumeau de leur claviers incandescents. Grâce à ces chalumeauteurs de génie, les journalistes ont découvert peu à peu, telle Eve le sexe d’Adam, le potentiel de l’outil pour faire leur métier autrement, plus en phase avec les usages technophiles de leurs semblables.

Mais en 2001, des chamans mal inspirés ont cru intelligent de jouer avec le lance-flammes au-dessus de la carpette en poil de Trolls retourné. En clair, les entrepreneurs du Neanderthal 2.0 ont comme de juste, commencer par se frapper très fort sur les doigts avec le marteau.

Depuis lors, pour certains journalistes, les habitants du web ne sont qu’une tribu de sauvages pédophiles qui violent les comptes en banque de madame Michu pour se payer de la coke dans la Vallée du Silicone.

A titre personnel, j’estime que, en 2011, être journaliste professionnel et refuser par pur principe de ne pas se créer un compte, ne fut-ce que de test, sur Facebook, devrait être considérée comme une faute professionnelle grave envers le devoir de curiosité qu’il lui incombe.

Imaginez deux secondes la tournure que l’Histoire aurait prise si le noob du Néanderthal, voyant ses potes autour du barbec (allumé avec le feu, donc) avait jusqu’à sa mort décidé qu’il ne testerait jamais ce truc qui fume car “il paraît que ça pourrait peut-être être cancérigène à haute dose” …

Des risques liés à l’usage du numérique, il y en a un paquet. Des intérêts d’une vénalité pornographique s’y déploient allègrement et les connards en ligne sont au moins aussi nombreux que leurs semblables IRL. Ce sont d’ailleurs bien souvent les mêmes.

On peut être geek et con

Heureusement, les forums, les blogs, Google, Facebook et Twitter dans la foulée, la mobilité et la géolocalisation grand public ont marqué une accélération dans l’adoption par les rédactions de nouveaux comportements induits par une valeur d’usage exceptionnelle. Se connecter aux réseaux, en tant que journaliste, c’est devenir sa propre agence de presse à l’échelle de la petite newsroom qui lui trotte dans la tête. Un atome, un noeud d’informations en plus dans le grand bouillon de cultures que représente l’Internet.

Les réseaux sociaux, ceux cités ci-dessus particulièrement mais il y en a bien d’autres, sont devenus les “roto-plateformes” du 21ème Siècle qui éditent, publient, archivent et monétisent les datas qui transitent par leurs serveurs. Certains font cela mieux que d’autres, gagnent plus d’argent qu’ils n’en crâment et s’inscrivent dans le long terme. Certains sont aussi plus respectueux de leurs utilisateurs que d’autres et il y a fort à parier qu’un certain nombre d’entre eux se casseront la figure plus tôt que tard.

Il y a donc un impératif à mon sens pour nous, les journalistes du Néanderthal 2.0: découvrir la rue numérique en s’y immergeant pour pouvoir la comprendre et en parler, et de toujours garder en tête que les roto-plateformes ne sont que des outils.

Mais des pu***** de sacrément bons outils.

Credits Photos CC pasukaru76 & caravinagre

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