Les Awards “Même pas peur” de la Ligue des Droits de l’Homme





C’était lundi la journée internationale des droits de l’Homme. Pour marquer le coup, la Ligue des droits de l’Homme a décidé de récompenser le meilleur du pire en matière d’actions et de mesures portant atteinte, en Belgique, à ce droit fondamental qu’est le respect de la vie privée.

La liste des nominés est ici.

Et ze winners zijn:

Catégorie du meilleur espoir: les chercheurs en dentisterie de la KUL

Déjà réputés pour les test dentaires qu’ils opèrent en vue de prouver ou non la minorité des prétendus mineurs non accompagnés, les services de dentisterie de la KUL ont pris récemment une autre ampleur par la réalisation d’un projet pilote consistant à intégrer la puce de notre carte d’identité électronique dans l’une de nos molaires ! Formidable non ?
Résistant aux températures les plus extrêmes ainsi qu’à l’humidité, cet ingénieux système reposant sur une puce RFID lisible à distance nous
permettra notamment d’être plus rapidement identifiés lorsque notre avion se crashe ou si un tsunami nous transporte de la vie à trépas. Malheureusement trop coûteuse, la recherche est actuellement suspendue faute de moyens. Parce que n’allez pas croire que ce sont les questions éthiques de protection des données personnelles ou celles relatives à la déontologie d’un personnel médical qui taraudent les chevilles ouvrières du projet… Non non non, il s’agit avant tout d’une sombre histoire de gros sous. C’est bien dommage : un dentiste qui nous accueillerait par un vigoureux « vos papiers » tout en nous passant un self scan sous le nez, ce serait tout de suite plus sympa.

Catégorie meilleure confirmation: SWIFT et l’Association Belge des Banques (ABB)

Rien n’est plus beau qu’un échange de données. Quand en plus celui-ci permet de lutter contre le terrorisme, pourquoi se priver d’un tel plaisir ? En toute connaissance de cause, la vénérable association belge des banques, traditionnellement attentive au secret bancaire, a tout fait pour empêcher que son sous traitant la coopérative SWIFT ne soit pas en mesure de délivrer des informations confidentielles réclamées par la justice américaine. Alors que la réglementation européenne, bien moins rigide en cette matière qu’en matière de regrouppement familial d’étrangers par exemple, prévoit des contrats types non obligatoires permettant de baliser l’échange de données avec des autorités non européennes, l’association belge des banques et son cocontractant SWIFT ne se sont pas embarassés de telles lourdeurs bureaucratiques. La scène fut longuement répétée : le gentil flic –l’association belge des banques qui n’est que responsable du traitement des données – et le méchant – SWIFT – simple sous traitant bien obligé de répondre à une convocation judiciaire américaine puisqu’installée sur le territoire US. Ah le fameux ‘’c’est pas moi et c’est sans doute pas lui‘‘ qui permet aux grands réseaux de dilurr leur responsabilité dans les méandres volatiles de la société de surveillance. Preuve en est du succès de cette stratégie : aucune de ces deux associations philantropiques n’a été inquiétée judiciairement alors que les observteurs unanimes ont constaté la violation de l’ensemble des règles belges et européennes de protection de la vie privée. Mais puisqu’on vous dit que c’est la faute des américains si des milliers de données bancaires ont été transférées illégalement. Ah bon alors ça va.

PRIX SPECIAL DU JURY

Le jury a décidé de décerner un prix spécial à un candidat plus que méritant : l’Orange bleue – Orange blauw. Le prix spécial du jury lui est attribué pour l’ensemble de sa brève, mais déjà prolixe, carrière en matière de violation de la vie privée. Dans son accord Justice, on note
quantité d’indices témoignant d’un enthousiasme non feint s’agissant de ne pas réfléchir à la protection de notre vie privée. Sans pouvoir être exhaustif, nous avons relevé les points suivants :

- le projet « ça va se savoir ! » ; ou la coordination de la circulation de l’information entre la sûreté de l’Etat, le service général
de renseignement, les ministres, les autorités administratives et judiciaires :

- le plan « surveillons-nous les uns les autres » qui encourage les réseaux d’informations de quartier et de magasins :

- l’opération « une caméra chez toi et une caméra chez moi et tout le monde sera heureux ! » par le soutien à la privatisation de la sécurité
et les incitants fiscaux en matière d’investissements privés dans la sécurité

- l’initiative « tu peux pas voter, mais tu peux déjà être fiché » ou un système d’échanges d’informations systématiques sur les jeunes
criminels :

- et le déjà éprouvé « mais oui nous sommes tous des terroristes ! » par l’adaptation des méthodes de recueil de données.

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