Le jour où Digg a tué les DRM


Publié le 2 mai 2007 par Damien Van Achter

« Today was an insane day » … c’est en ces termes que Kevin Rose, un des fondateurs de Digg, commence le dernier billet publié sur le blog du célèbre réseau social. En cause, l’emballement de la communauté au cours des dernières 24h à propos d’un code permettant de casser les protections des DVD en Haute Definition. Posté une première fois, ce code avait rapidemment atteint la home page avant de faire l’objet d’une modération et d’être retiré. La menace de poursuites en justice par des organismes comme la MPAA où la RIAA était trop importante pour tenter le diable et laisser cette info sur le site.

Sauf que. Le code a été reposté une deuxième fois, et a bien sûr été à nouveau retiré, entrainant une réaction en chaîne de la communauté qui aime tout, sauf de se faire baillonner et encore moins pour les beaux yeux de la RIAA. Des dizaines et des centaines de billets contenant le code ont donc été soumis aux serveurs de Digg, qui n’ont pas tenu le coup très longtemps.

Résultat des courses, Kevin Rose décide de laisser le code et tous les commentaires autour de cette histoire être publiés. Comme il l’explique dans la suite de son billet, il a décidé de suivre sa communauté et d’en assumer les conséquences, quelles qu’elles soient.

« (…) after seeing hundreds of stories and reading thousands of comments, you’ve made it clear. You’d rather see Digg go down fighting than bow down to a bigger company. We hear you, and effective immediately we won’t delete stories or comments containing the code and will deal with whatever the consequences might be.

If we lose, then what the hell, at least we died trying ».

Le mec est prêt à endosser la responsabilité juridique de la publication de ce code et donc, qui sait, de fermer Digg si la justice l’y oblige… c’est couillu parce que Digg est son bébé et qu’il n’est rien (ou presque) sans lui. En même temps, Digg ne lui appartient pas. Digg n’appartient qu’à la communauté qui la compose et non à l’individu qui la créé.

En s’alignant sur la décision de sa communauté, Kevin Rose en devient son héro, celui qui tend un majeur bien droit à la face de la RIAA. Laquelle, au regard de sa ligne de conduite, ne peut pas rester immobile et attaquera sans doute Digg devant les tribunaux. J’imagine d’ici la horde de diggeurs alliés aux anti-DRM de tout poil faire monter la pression autour de cette affaire dans l’attente d’une improbable audience, qui n’aura jamais lieu. Comment lutter contre cela ? Quelle societé aurait les reins assez solides pour encaisser les coups de butoir d’une communauté comme celle de Digg ? Parce que, croyez-moi, si elle se met en route pour foutre la merde et trouver les cadavres dans les placards, ça risque de faire du bruit… une veritable armée décortiquera tout ce qui pourra faire tomber la RIAA ou la MPAA … et elle trouvera de quoi. Sans compter que si un tel procès devait avoir lieu, il aurait un retentissement énorme dans les médias traditionnels.

Les droits d’auteurs et les protections numériques seraient sur le grill et in fine tout le monde aurait l’occasion de s’appercevoir combien la mentalité de ceux qui soutiennent ces protections est archaïque et tout sauf « user centred ». Les boutiquiers des maisons de disque et des producteurs d’Hollywood vont se prendre un grosse claque si leurs chiens de garde décident d’attaquer Digg. Et s’ils ne le font pas, ils auront perdu toute crédibilité auprès des auteurs à qui ils répètent qu’ils sont leurs « protecteurs face aux vilains pirates du web »…

En gros, quoi qu’ils fassent, procès ou pas procès, ils sont foutus !

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Une réflexion au sujet de « Le jour où Digg a tué les DRM »

  1. mongolito404

    Toute cette histoire n’est pas sans rappeler DeCSS et le mouvement de dispersion de son code. Sauf qu’ici c’est encore plus tordu. De ce que je comprends, ce qui est interdit dans la plupart de pays membres du WIPO c’est la publication d’un code (logiciel) de contournement de mesures techniques de protection contre la copie. Hors en soit 0x09f911029d74e35bd84156c5635688c0 c’est juste un (gros) nombre. Sans un algorithme pour l’exploiter c’est inerte et ça ne contourne aucune mesure de protection. Au nom de quoi la MPAA peut-elle demander son retrait ?

    A ce petit jeu, n’importe qui peut prendre n’importe quel nombre, ou n’importe quelle information c’est kif, l’utiliser comme clef ultime pour son DRM et après en interdire la publication.

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  2. Katchina

    DISCLAIMER : je passe en mode « grmbl l’web deupoinzéro »

    Oui, ça me rappelle clairement DeCSS, qui a finalement été publié partout sous des formes créatives.

    Pourtant ce fut posté très largement sur un site communautaire geek que nous ne nommerons pas et qui date de bien avant le « web 2.0 ». Et qui en outre a une grosse communauté de users au moins aussi habile que celle de Digg.

    Je ne sais pas s’il y a eu de gros procès sur DeCSS, j’en ai pas entendu parler. Donc de deux choses l’une :
    – Soit il y en a eu mais il n’y a pas eu de « retentissement énorme dans les médias traditionnels » ni de communauté qui « trouve les cadavres dans les placards ». Et donc on prend tout ça un peu trop au sérieux.
    – Soit il n’y en a pas eu. Et donc on prend tout ça un peu trop au sérieux.

    Voilà bien un truc qui me pèle avec le web 2.0 : cette manie de tout réinventer comme s’il n’y avait rien eu avant ;-) Même dans ses combats, le monde web 2.0 n’est pas si avant-gardiste qu’il ne le croit.

    PS : La RIAA n’est pas la première concernée par l’encryption des HD-DVD, si ? Je suppose que c’est soit la MPAA (copie de film) soit les détenteurs des copyrights sur le système de cryptage lui-même. Même si évidemment tout ça est de la même mouvance, je sais, je pinaille gratuitement là !

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  3. damien

    @Katchina & mongolito404: je ne connais pas l’épisode dont vous parlez, mais je veux bien vous croire quand vous dites que ça y ressemblait. Ce qui me semble par contre assez clair, c’est que l’emballement ce coup-ci fait boule de neige et que les medias vont sans doute reprendre l’info. d’autant plus si la RIAA (ou la MPAA, comme on veut) attaque. Ce n’est pas « le web2.bullshit » qui permet ça, c’est juste l’usage que les internautes ont du web à l’heure où nous vivons (qui, qu’on le vueille ou non, est différent de celui de l’époque où DeCSS est arrivé)

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  4. Ping : N'ayez pas peur !!

  5. Benoit Marchal

    @mongolito404: c’est le fondement du numérique. Tout, absolument tout, n’y est jamais qu’un gros nombre. Numérique vient de nombre.
    Faudra un jour que le reste du monde l’accepte…

    @Katchina: il y a eu procès et il a fait du bruit dans la communauté concernée.

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  6. mongolito404

    @damien: Rattrape ton DeCSS, c’est facile ça date d’après l’arrivée du web et de Google. Donc tout est archivé, il suffit de chercher. Mais bon, je crois que le plus gros est dit sur la page DeCSS de la Wikipédia (anglophone). En très résumé, ce qui se passe avec la clef HD-DVD s’est passé avec le code source pour décrypter le CSS qui « protège » le contenu de la plupart des DVDs. Publication sur Internet, C&D, refus de coopération de responsable des site, duplication sauvage du code sous un maximum de formes, etc. De mémoire, il y a eu les images avec le texte du code, des images avec le code en sténographie, des t-shirt, une chanson et un poème.

    C’est vrai que cette fois çi, ca risque de faire un peu plus de bruit auprès de média grand publique. Mais moi j’appelle pas ça l’effet Web 2.0n j’appelle ça l’effet de la « normalisation » d’Internet. a l’époque de DeCSS, Internet, les média numérique, etc. c’était un truc de geek, de nerd et autres passionné de technologie. Bien loin de intérêts de péquenot moyen. Aujourd’hui comme même ma femme de ménage un un Blog, son MySpace et autant de DVD que de loques à poussière, forcement, ça parle à bien plus de monde cette histoire.

    @Benoit: Oui mais dans ce cas précis, ce n’est pas un programme, pas du code, pas un algorithme, même pas une image ou un son juste un nombre arbitraire sans aucun sens particulier sinon que de servir de clef.

    Et de fait, il y a eu procès pour DeCSS, cf. http://www.eff.org/IP/Video/

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  7. Katchina

    Normalisation d’internet… Ouais, voilà, c’est bien ça qui se passe en fait. Donc bon, ok, j’admets, si ça fait du bruit ce coup ci et pas la fois d’avant, c’est que la société autour a changé.

    J’attendais du bruit la fois d’avant, donc je reste un peu déçu. Je suis un vieux con blazé de l’internet, so sorraïe !

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  8. Benoit Marchal

    @mongolito404 : 100% d’accord avec toi sur la normalisation (j’appelle pas ça comme ça mais bon). Plus Internet se banalise, plus ce qui se passe sur Internet interpelle les médias.

    Sur le nombre… je comprends ce que tu veux dire et je suis d’accord.
    Mais je voudrais ajouter que n’importe quel algorithme, son ou image se réduit à un nombre. Donc le fait que celui-ci n’ait pas vocation à représenter ne le rends pas plus ou moins remarquable, à mes yeux. En fait tu pourrais l’interpréter comme une image ou un son… je n’ai pas dit qu’il serait harmonieux.
    Tout est fonction du contexte dans lequel le nombre est interprété (on parle de système formel en calculabilité).

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  9. Katchina

    Bonne question de mongolito404 (note : il est temps de changer de nickname, mon vieux), quid de la légalité en Europe et en Belgique de la diffusion de méthodes de contournement des mesures de protection d’oeuvres aristiques ?

    Parceque bon, on ne peut pas sans cesse tout assimiler et dresser un tableau manichéen de la situation « MPAA/RIAA/AACSLA/DMCA vs. The People ».

    Concrètement, par exemple, qu’est-ce qu’un bloggeur belge risque pour avoir publié ce code ?

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  10. Katchina

    Le blog « Freedom to Tinker » (« liberté de bidouiller ») offre des entiers de 128 bits.

    Explications :
    1. A chaque visite de la page, un nouvel entier est généré et affiché pour le visiteur.
    2. Cet entier est utilisé pour encrypter un poême sous copyright.
    3. Les droits d’utiliser cet entier pour décrypter le poême sont donnés au visiteur de la page.

    –> L’entier est bien un « copyright circumvention device » et sa diffusion sans l’accord du visiteur est donc un crime selon le DMCA américain.

    Belle démonstration de l’absurdité de la situation.

    http://www.freedom-to-tinker.com/?p=1155

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  11. Ping : Révolution numérique: première émeute sur le web

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