L'écran du fumée du JEP





Le jury d’éthique publicitaire (JEP), l’organe d’autorégulation du secteur publicitaire, a réussi à faire retirer des écrans un spot anti-tabac initié par le ministère de la Santé. Ce spot mettait en scène des animaux annonçant l’interdiction de fumer dans les établissements Horeca à partir du 1 janvier. Un spot qui techniquement avait pourtant beaucoup de gueule et qui sur le fond tenait méchamment bien la route “Des cochons et des moutons qui fument dans une ferme malpropre, des
poules qui clopent planquées dans une voiture cabossée, une vache tellement cramée par le cancer qu’il faut l’abattre à la carabine
“… et de dire que cette bouffe-là n’avait pas sa place dans nos assiettes, et qu’il était donc sot d’enfumer la bidoche saine qui nous est servie au resto (je résume, hein)

UPDATE: merci Katsoura pour la vidéo et les liens plus bas

L’arguement avancé par le JEP: la plainte d’un fumeur qui considérait l’assimilation entre fumeurs et animaux injurieuse… Le ministère avait également reçu des remarques à propos de la chandon “Les Gitans” utilisée en fond sonore car elle établissait un lien entre des images peu reluisantes et le monde des gitans.. Bref, des arguments “lourds”..

La faculté d’indignation sélective du JEP est assez extraordinaire… Alors qu’à longueur d’année nous sommes abreuvés de campagnes abrutissantes réduisant les citoyens à de simples consommateurs écervelés, cet organe se drape quotidiennement dans son rôle de d’avis non contraignant pour justifier son immobilisme. Sauf quand, comme le souligne Le Soir, il s’agit des campagnes anti-tabac (comme d’hab’, article indisponible). Au cabinet du ministre de la Santé, Rudy Demotte, on fait le même constat: “Il nous semble voir à l’écran des pubs bien plus choquantes. Aurait-on peur de spots trop efficaces?”

Poser la question, c’est y répondre.

Je me souviens d’une campagne lancée en août par le CRIOC (organisme de recherche et d’observation sur la consommation) qui utilisait des outils marketing forts (buzz, viralité en ligne.etc) pour alerter les jeunes internautes des risques liés à la divulgation de leurs données personnelles sur le web. Il s’agissait en fait de “piéger” les jeunes avec une offre de téléphonie falacieuse, avant de leur donner des conseils pour éviter de se faire encore avoir à l’avenir.

Vexé de voir ses propres méthodes utilisées pour dénoncer des annonceurs peu scrupuleux, le monde de la publicité (le Conseil de la publicité et l’Association belge du marketing direct ABMD) s’était joyeusement tiré une balle dans le pied. En effet, en s’insurgeant vertement et bruyamment dans les médias, il avait non seulement implicitement reconnu que des brebis galeuses existaient bel et bien en son sein, mais en plus, que le rôle du JEP était tout simplement subordonné au bon vouloir du Conseil de la pub, dont il est une émanation directe.

“Comment voulez-vous que ce dernier rende encore un avis indépendant sur cette campagne ?”, s’était alors interrogé M. Vandercammen , le directeur du Crioc, qui réclame depuis l’instauration d’un conseil fédéral du contrôle publicitaire réellement indépendant et ouvert à la société civile.

Pour qu’on arrête de nous prendre pour des cons et d’essayer de nous convaincre qu’on aime ça.

Technorati Tags: , , ,

Poster un commentaire

Top