Pigiste, pas pigeon (again)
Déjà évoquée en début de semaine, l’initiative de l’Association des Journalistes Professionnels de Belgique (AJP) baptisée “Pigiste Pas Pigeon” a été officiellement lancée ce vendredi pour appuyer la sortie du “Livre noir des Journalistes Indépendants” et du blog (merci Laurence) qui va avec.

Derrière la façade prestigieuse des grands médias francophones de Belgique se développe un “prolétariat intellectuel” dont le grand public ignore les incroyables conditions de travail et leurs conséquences sur la qualité de l’informationRevenus inférieurs au minimex, barèmes inexistants ou fixés à la tête du client, concurrence effrénée, retards ou refus de payement du commanditaire, soumission absolue aux exigences de l’employeur, textes commandés et jamais publiés…
Voilà le sort que partagent de plus en plus de journalistes indépendants, qu’ils soient rédacteurs, pigistes à la radiotélévision, photographes ou caméramans.Un journaliste belge sur quatre est sous statut d’indépendant, le plus souvent par obligation et non par choix. Rêvant de trouver leur place dans la presse, les futurs professionnels des médias
n’ignoraient pas que les emplois salariés étaient rares.Mais bien peu imaginaient que « la liberté de la presse, fleuron d’une société démocratique » dont se flattent volontiers les éditeurs était aussi la liberté pour certains d’entre eux d’exploiter une main-d’œuvre
abondante et fragilisée.
En en discutant avec Natacha, on se rend compte que la situation en France n’est pas plus reluisante. Les événements de ces derniers jours à Libération ne ne contrediront pas.
Passer par le stade de la pige pour démarrer une carrière peut avoir du sens. Comment savoir si ce job est fait pour nous autrement qu’en se retrouvant sur le terrain “à l’essai” ?
Le problème, c’est que cette “période d’essai” a déjà eu lieu lors de stages non rémunérés où les aspirants journalistes se sont déjà coltinés tout le sale boulot et plus souvent qu’à leur tour. Je vous jure que pour persister, il faut en vouloir… alors pourquoi les payer au lance-pierre quand ils s’accrochent à l’idée d’en faire quand même leur métier ?
Comment oser exiger d’un pigiste qu’il vous révèle le dessous des cartes, la couleur de l’atout, le nom du Valet et la couleur du slip de la Reine quand la mise de départ de ce poker supermenteur suffirait à faire manger sa petite famille pendant un mois … ?
Arrêtez de taper sur le journaliste en l’accusant de ne pas “informer correctement”, allez plutôt demander aux actionnaires pourquoi ils veulent absolument une croissance à deux chiffres … ou bien prenez vous-même la plume … ou votre clavier, micro, caméra, ouvrez un blog, gratter ce qui vous chipote, posez des questions …. inventez donc votre presse idéale
Tiens, visiblement, tous les groupes de presse n’étaient pas représenté lors de la conférence de présentation du bouquin ce matin … il n’y avait même pas une seule télé. La preuve qu’il est urgent d’agir ?!

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Il faut surtout dire merci aux journalistes membres d’un groupe de travail qui bûche sur le dossier depuis deux ans. Puis, cette conférence de presse n’était qu’un point de départ (oui, oui, à suivre sur le blog du site pour la suite – et qui sera aussi alimenté collectivement par le secrétariat).